Ni la nuit ni le jour.

CDP_Michael

Je suis là dans la maison du rêve.
Une maison sans murs et sans portes.
Maison sans planchers, où l’on est libre de flotter, d’errer, d’être.

Je ne me questionne plus :
Suis-je bien ici?
Est-ce bien moi qui vole?
Est-ce bien moi qui raconte et vit en même temps?

Tout ça disparaît.
Magiquement, tout disparaît.

Rien que le souffle du vent, qui n’est au fond qu’un respir.

Suis-je en train de rêver?
Dès la minute où je le demande, alors je ne rêve plus.
Dès la minute où je cherche le sens, alors je ne trouverai plus.

L’horizon est ouvert à qui sait le chercher.
Il suffit d’ouvrir les valves, de dormir les yeux grands ouverts.

Si je cherche les barrières, elles sont faciles à voir.
Si je cherche la liberté, elle est partout autour.

 

 

 

Pour Michael Fernandes, Le chant des pistes est une occasion de créer un espace physique pour le rêve. Sur le chemin des Huet, à Fatima, il a souhaité dessiner un espace sur le sol à l’aide de branches, de pierres et de tous autres éléments trouvés. Il souhaite délimiter l’espace, et par celui-ci, donner accès à l’acte de rêver. Le 23 juin, il nous invite à une « Conversation en cours », dans un lieu encore à définir.

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L’enfant et la baleine.

Je vois une enfant, assise sur le rivage. Elle a les yeux plein d’eau, et ce qu’elle voit, ce qu’elle est seule à voir, semble la bouleverser. Sa respiration est douce comme celle d’une grand-mère qui aurait tout vu, tout vécu. Son souffle, déjà, est celui de l’artiste qui façonne un monde à partir de bouts de rien, qui prend diverses pièces du puzzle qu’est notre vie pour les réaménager ensemble, leur redonner du sens et de la valeur.

Il y a un an, me raconte-t-elle, la mer a ramené une baleine, juste là. Elle l’a redonné aux gens, comme un symbole. Elle avait le cœur gros comme l’océan, et tous les humains qui l’ont vue ont dû se recueillir devant tant de grandeur. Cette grand-mère baleine qui portait en son sein tous ces gens qui la regardaient.

L’enfant est revenue aujourd’hui, un an jour pour jour, la saluer.
Elle revient lui rendre hommage, lui faire honneur.

Parce que c’est tout ce qu’elle a le pouvoir de faire, avec ses petites mains.

CDP_Maryse

Je t’entends, te vois, petite fille.

Un jour, tu recevras mon appel.
Un jour, je viendrai chez toi.

 

Maryse Goudreau envisage la mémoire, la transmission du savoir, comme une arme contre l’insouciance et la désolidarisation. Dans son travail, c’est moins l’oeuvre elle-même que la prise de vue, que la rencontre qui entoure cette oeuvre, qui l’intéresse le plus. Pour Le chant des pistes, elle s’intéresse au phénomène des baleines échouées aux Îles-de-la-Madeleine et aux os conservés. Elle invite également les Madelinots, le 22 juin, à une prise de vue collective au Musée de la mer.

Une visite au coeur de l’espace sauvage.

Que l’animal soit.

Je lance ça en l’air, invite l’animal à naître.


Voilà qu’il naît et me surprend.

 

CDP_Katia

C’est à mon tour d’observer la hase, muet. Je m’assois et écoute. Elle me raconte l’histoire de cet homme mort, trouvé sur la plage de la Pointe-aux-Loups il y a environ cent ans. Un homme noir dont personne ne connaissait l’origine, qu’on enterra dans la dune à défaut de savoir s’il était baptisé ou non. Elle me raconte les phénomènes étranges qui se sont produits ensuite, le corps se déterrant constamment, les lueurs mystérieuses que l’on pouvait voir à la faveur de la nuit, sur ce qu’on appelle encore aujourd’hui le « Buttereau du nègre ».

Elle m’invite à la rejoindre dans son terrier, où elle se prépare à l’aventure. Elle fait son baluchon, efface les dernières traces de son passage. Dans quelques jours, elle sera à Pointe-aux-Loups, à la recherche de cet espace sauvage auquel nous n’avons plus accès. Elle me parle de neuf autres artistes avec qui elle a voulu questionner, configurer cet espace. Surtout, elle me parle de l’animal sauvage en chacun d’eux, et en chacun de nous.

En guise d’invitation, elle trace sur un tissu une sorte de carte, à l’endos de la couture. Ce qu’il y a de plus beau dans l’art de coudre, m’explique-t-elle, ce sont les lignes qui se cachent derrière, l’écriture que l’on laisse.

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Son nom est Katia Grenier, et elle voit en la légende du Buttereau du nègre l’occasion d’entrer en contact avec notre propre nature, celle qui nous habite. À travers les stations qu’elle souhaite créer, elle veut laisser le spectateur explorer par lui-même un espace sauvage qui lui appartient.

Pour poursuivre cette quête, elle proposera le 22 juin une « rencontre avec la nuit » au lieu-dit situé entre Havre-aux-Maisons et Pointe-aux-Loups.