Suivre les pistes.

Où vont tous ces pas qui s’égarent, soufflés par le vent?
Où mènent-ils, ces pas que l’on fait sans les voir, sans y penser?
Ont-ils un lieu, un point focal, une destinée ou une voix?
Qu’est-ce qui est important?

Est-ce le pas de celui qui marche, la fragilité de sa posture, l’infini travail musculaire d’équilibre et de déséquilibre qui ordonne le mouvement?

 

Tous ces gens qui parlent, racontent en marchant, respirent sans le savoir dans les pas des autres. Tous ces gens qui traversent le même espace sans jamais se croiser. Comment les réunir? Comment les faire se croiser sans les faire se croiser? Comment cartographier ces rencontres sans briser le quotidien, l’essence même de l’inconnu?

Au cœur de tout ça, on se rencontre.
Peut-être pas sur le papier.
Peut-être pas ailleurs.
Peut-être au milieu même des pas.

CDP_MarieLineSara

 

Marie-Line Leblanc et Sara Dignard ont trouvé dans Le chant des pistes des terrains communs où amalgamer leurs pratiques. Artistes de l’espace et de la poésie, elles investissent l’est des Îles à la recherche de ces marches quotidiennes, qu’on fait sans y penser, espérant trouver des points de jonction entre les gens qu’ils auront rencontré. Une présentation de leur travail aura lieu le 25 juin, à la Maison des jeunes de Grande-Entrée.

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Ni la nuit ni le jour.

CDP_Michael

Je suis là dans la maison du rêve.
Une maison sans murs et sans portes.
Maison sans planchers, où l’on est libre de flotter, d’errer, d’être.

Je ne me questionne plus :
Suis-je bien ici?
Est-ce bien moi qui vole?
Est-ce bien moi qui raconte et vit en même temps?

Tout ça disparaît.
Magiquement, tout disparaît.

Rien que le souffle du vent, qui n’est au fond qu’un respir.

Suis-je en train de rêver?
Dès la minute où je le demande, alors je ne rêve plus.
Dès la minute où je cherche le sens, alors je ne trouverai plus.

L’horizon est ouvert à qui sait le chercher.
Il suffit d’ouvrir les valves, de dormir les yeux grands ouverts.

Si je cherche les barrières, elles sont faciles à voir.
Si je cherche la liberté, elle est partout autour.

 

 

 

Pour Michael Fernandes, Le chant des pistes est une occasion de créer un espace physique pour le rêve. Sur le chemin des Huet, à Fatima, il a souhaité dessiner un espace sur le sol à l’aide de branches, de pierres et de tous autres éléments trouvés. Il souhaite délimiter l’espace, et par celui-ci, donner accès à l’acte de rêver. Le 23 juin, il nous invite à une « Conversation en cours », dans un lieu encore à définir.

Chercheur de trésors.

Près de la mer un jeune homme, béret gris sur la tête, s’avance en traînant les pieds, faisant chanter le sable alors qu’il avance.

Il a sur les oreilles d’étranges écouteurs, et entre les mains un petit appareil qui lui sert à enregistrer. De loin, on dirait un enquêteur, un archéologue en quête de trésors.

En fait, il cherche bel et bien un trésor.

CDP_SamuelThulin

Je le vois, tendant ses oreilles comme des filets à papillons, des filets à sons qu’il enregistre, conserve, met dans sa boîte. Pour quoi faire? que je me demande. Pour quoi faire, tous ces sons épars, attrapés au vol, parfois sans distinction?

 

 

 

 

 

 

 

C’est tout simple. Pour faire ce que les sons font toujours, lorsqu’on réussit à les coller ensemble.
De la musique.

 

 

 

La musique qui naît de l’assemblage des sons.
Comme si le son, à travers le jeune homme, devenait musique.

Presque sans qu’il y touche.

Et avec tout ça, créer une route.
Un parcours où la musique existe, juste parce qu’on existe nous aussi dedans.

 

 

CDP-WEB-160405-icones-ST-roseSamuel Thulin crée des « chemins sonores » à partir des bruits qu’il capte et enregistre. Mixant le son après l’enregistrement, il utilise le looping, joue avec les niveaux, la rapidité et la tonalité des sons pour créer des mélodies ou des environnements sonores inclusifs, qui intègrent également le rythme de l’environnement où il se situe. Il souhaite créer, pour Le chant des pistes, une conversation avec les lieux qui nous sont chers, une sorte d’île, de trajet musical à suivre.

Une visite au coeur de l’espace sauvage.

Que l’animal soit.

Je lance ça en l’air, invite l’animal à naître.


Voilà qu’il naît et me surprend.

 

CDP_Katia

C’est à mon tour d’observer la hase, muet. Je m’assois et écoute. Elle me raconte l’histoire de cet homme mort, trouvé sur la plage de la Pointe-aux-Loups il y a environ cent ans. Un homme noir dont personne ne connaissait l’origine, qu’on enterra dans la dune à défaut de savoir s’il était baptisé ou non. Elle me raconte les phénomènes étranges qui se sont produits ensuite, le corps se déterrant constamment, les lueurs mystérieuses que l’on pouvait voir à la faveur de la nuit, sur ce qu’on appelle encore aujourd’hui le « Buttereau du nègre ».

Elle m’invite à la rejoindre dans son terrier, où elle se prépare à l’aventure. Elle fait son baluchon, efface les dernières traces de son passage. Dans quelques jours, elle sera à Pointe-aux-Loups, à la recherche de cet espace sauvage auquel nous n’avons plus accès. Elle me parle de neuf autres artistes avec qui elle a voulu questionner, configurer cet espace. Surtout, elle me parle de l’animal sauvage en chacun d’eux, et en chacun de nous.

En guise d’invitation, elle trace sur un tissu une sorte de carte, à l’endos de la couture. Ce qu’il y a de plus beau dans l’art de coudre, m’explique-t-elle, ce sont les lignes qui se cachent derrière, l’écriture que l’on laisse.

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Son nom est Katia Grenier, et elle voit en la légende du Buttereau du nègre l’occasion d’entrer en contact avec notre propre nature, celle qui nous habite. À travers les stations qu’elle souhaite créer, elle veut laisser le spectateur explorer par lui-même un espace sauvage qui lui appartient.

Pour poursuivre cette quête, elle proposera le 22 juin une « rencontre avec la nuit » au lieu-dit situé entre Havre-aux-Maisons et Pointe-aux-Loups.