Suivre les pistes.

Où vont tous ces pas qui s’égarent, soufflés par le vent?
Où mènent-ils, ces pas que l’on fait sans les voir, sans y penser?
Ont-ils un lieu, un point focal, une destinée ou une voix?
Qu’est-ce qui est important?

Est-ce le pas de celui qui marche, la fragilité de sa posture, l’infini travail musculaire d’équilibre et de déséquilibre qui ordonne le mouvement?

 

Tous ces gens qui parlent, racontent en marchant, respirent sans le savoir dans les pas des autres. Tous ces gens qui traversent le même espace sans jamais se croiser. Comment les réunir? Comment les faire se croiser sans les faire se croiser? Comment cartographier ces rencontres sans briser le quotidien, l’essence même de l’inconnu?

Au cœur de tout ça, on se rencontre.
Peut-être pas sur le papier.
Peut-être pas ailleurs.
Peut-être au milieu même des pas.

CDP_MarieLineSara

 

Marie-Line Leblanc et Sara Dignard ont trouvé dans Le chant des pistes des terrains communs où amalgamer leurs pratiques. Artistes de l’espace et de la poésie, elles investissent l’est des Îles à la recherche de ces marches quotidiennes, qu’on fait sans y penser, espérant trouver des points de jonction entre les gens qu’ils auront rencontré. Une présentation de leur travail aura lieu le 25 juin, à la Maison des jeunes de Grande-Entrée.

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Une visite au coeur de l’espace sauvage.

Que l’animal soit.

Je lance ça en l’air, invite l’animal à naître.


Voilà qu’il naît et me surprend.

 

CDP_Katia

C’est à mon tour d’observer la hase, muet. Je m’assois et écoute. Elle me raconte l’histoire de cet homme mort, trouvé sur la plage de la Pointe-aux-Loups il y a environ cent ans. Un homme noir dont personne ne connaissait l’origine, qu’on enterra dans la dune à défaut de savoir s’il était baptisé ou non. Elle me raconte les phénomènes étranges qui se sont produits ensuite, le corps se déterrant constamment, les lueurs mystérieuses que l’on pouvait voir à la faveur de la nuit, sur ce qu’on appelle encore aujourd’hui le « Buttereau du nègre ».

Elle m’invite à la rejoindre dans son terrier, où elle se prépare à l’aventure. Elle fait son baluchon, efface les dernières traces de son passage. Dans quelques jours, elle sera à Pointe-aux-Loups, à la recherche de cet espace sauvage auquel nous n’avons plus accès. Elle me parle de neuf autres artistes avec qui elle a voulu questionner, configurer cet espace. Surtout, elle me parle de l’animal sauvage en chacun d’eux, et en chacun de nous.

En guise d’invitation, elle trace sur un tissu une sorte de carte, à l’endos de la couture. Ce qu’il y a de plus beau dans l’art de coudre, m’explique-t-elle, ce sont les lignes qui se cachent derrière, l’écriture que l’on laisse.

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Son nom est Katia Grenier, et elle voit en la légende du Buttereau du nègre l’occasion d’entrer en contact avec notre propre nature, celle qui nous habite. À travers les stations qu’elle souhaite créer, elle veut laisser le spectateur explorer par lui-même un espace sauvage qui lui appartient.

Pour poursuivre cette quête, elle proposera le 22 juin une « rencontre avec la nuit » au lieu-dit situé entre Havre-aux-Maisons et Pointe-aux-Loups.